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Expérience : Une expérience menée dans un laboratoire parisien relance le débat sur les différences entre le cerveau des hommes et celui des femmes. Pourquoi perçoivent-ils le monde différemment ? La neurologie n’a pas fini d’explorer la difficile question des liens entre le cerveau et le sexe.
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Comment le cerveau traite-t-il les informations spatiales ? C’est l’une des questions qui passionnent les chercheurs du laboratoire d’Alain Berthoz, au Collège de France. Ainsi, sa jeune collaboratrice Isabelle Viaud-Delmond a monté une expérience pour évaluer l’influence de la perception visuelle sur la perception “corporelle” du mouvement. Elle installe les sujets dans un fauteuil et les équipe d’une visière de réalité virtuelle. Sur l’écran de la visière, un paysage fictif décrit une rotation de 90 %, tandis que le fauteuil pivote sur lui-même de 180 %. |
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Comment
peut-on compter les neurones ? |
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Les informations visuelles modifient la perception du mouvement : tous les sujets, treize hommes et treize femmes, sous-estiment la rotation du fauteuil. Mais l’analyse des résultats réserve une surprise : les femmes sont, en moyenne, deux fois moins influencées que les hommes par les informations visuelles. Est-ce pour cette raison qu’elles sont plus souvent sensibles au mal des transports ? Le cerveau des femmes ne traiterait-il pas les informations spatiales de la même façon que celui des hommes ? L’expérience vient relancer le débat sur la sexualisation du cerveau. La question de la différence sexuelle préoccupe la neurologie depuis toujours, pour des motifs parfois fort peu scientifiques. Ainsi, au XIXe siècle, Paul Broca, découvreur de l’aire cérébrale du langage, estimait qu’il ne fallait pas accorder le droit de vote aux femmes parce qu’il croyait leur cerveau plus petit que celui des hommes. Ironie de la science : on vient de s’apercevoir que l’aire de Broca, le cortex du langage, est plus développé chez les femmes que chez les hommes. Quant à la taille globale de leur cerveau, il semble difficile d’établir une comparaison. Pour certains neurologues, il y aurait une différence de 250 cm3 en faveur des hommes, et des études récentes avancent que leur cortex contiendrait 4 milliards de neurones de plus. Mais ces données sont largement entachées d’approximations. Le volume du cerveau est mesuré sur des cadavres dont l’état de conservation est plus ou moins bon, et le comptage des neurones est une extrapolation à partir de petits échantillons. Même si l’on admet l’exactitude de ces chiffres, ils ne disent rien d’une improbable supériorité de l’homme sur la femme, ou inversement. En effet, personne n’a jamais montré qu’un plus gros cerveau procure de plus grandes aptitudes, intellectuelles ou autres. Cependant, on sait depuis près de cinquante ans que, en moyenne, les hommes sont plus doués pour l’abstraction mathématique et l’orientation spatiale que les femmes. Lesquell plus fortes en arithmétique, perçoivent plus vite les similitudes ou les différences entre les objets et sont nettement meilleures dans les tâches langagières (communication, sémantique, orthographe et phonétique). Quelle est la part, dans ces inégalités, de la nature et celle de l’éducation, de l’environnement culturel ? C’est impossible à déterminer. On remarque toutefois que certaines différences n’apparaissent qu’à la puberté, quand les hormones sexuelles inondent le corps tout entier, cerveau inclus. Est-ce la raison pour laquelle les performances en géométrie, identiques avant la puberté, ne le sont plus après ? La sexualisation du cerveau serait alors directement liée aux hormones. |
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Des
différences physiologiques
manifestes |
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Aux premiers stades de son développement, même lorsqu’il est porteur du chromosome Y, l’embryon est femelle. Jusqu’au moment où se forment les testicules, qui sécrètent la testostérone, laquelle entraîne le développement du pénis et du scrotum. Si l’on bloque l’action de la testostérone – chimiquement ou par castration du fœtus –, l’embryon ne se masculinise pas : le rat né dans ces conditions aura un comportement sexuel femelle. Inversement, l’administration d’œstrogènes à des nouveau-nés femelles leur donne un comportement mâle, car, au-delà d’un certain seuil, les œstrogènes participent aussi à la masculinisation. Le phénomène se vérifie dans l’espèce humaine : les filles atteintes d’une maladie des glandes surrénales sont exposées à des taux élevés de testostérone surrénalienne qui masculinisent leurs organes sexuels et rapprocheraient leurs performances cognitives et leur comportement de ceux des garçons. Du point de vue du fonctionnement cérébral, les avancées de la science ne sont pas spectaculaires. On a souvent émis l’hypothèse selon laquelle les hommes et les femmes ne se servent pas de leurs deux hémisphères cérébraux de la même façon. Mais les observations menées sur des patients qui souffrent de lésions du cortex ou les données de l’imagerie cérébrale restent fragmentaires et ne permettent pas d’en avoir le cœur net. D’après Doreen Kimura, du département de neurologie de l’université Western Ontario, à London (Canada), « les asymétries dans l’activité du cerveau sont plus souvent associées à des fonctions distinctes qu’à la différence sexuelle ».Pour Philippe Ciofi, du laboratoire de neuro-endocrinologie morphofonctionnelle de l’INSERM à Bordeaux, « les différences sont manifestes sur les plans anatomique, chimique et neuronal, dans le système voméronasal ». Ce système implique l’amygdale, structure clef du système limbique, responsable de l’émotivité et du comportement social. Chez les femmes, il participe à la régulation du cycle menstruel. Il est aussi affecté par des réorganisations permanentes d produisent pas chez l’homme. En outre, on note d’importantes différences liées au sexe dans la concentration de divers neuropeptides, substances chimiques échangées par les neurones. Il est tentant de voir dans ces différences physiologiques l’origine de différences d’ordre cognitif ou comportemental. Mais, selon Philippe Ciofi, c’est aller trop vite en besogne. D’une part parce que ces observations sont souvent faites chez l’animal, d’autre part parce qu’on ne sait pas établir clairement les rapports entre biologie et comportement, entre structure et fonction. |
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Demain,
des traitements adaptés à chaque
sexe |
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L’affaire se complique terriblement quand on sait que, pour accomplir une tâche, le cerveau peut recourir à de nombreux moyens. Ainsi, pour retrouver leur chemin dans un labyrinthe, les femmes se servent d’indications telles que des dessins sur les murs, tandis que les hommes mettent plutôt à profit des repères géométriques. Mais, si les seuls repères dont elles disposent sont géométriques, les femmes résolvent le problème de la même manière que les hommes. Décidément, la neuropsychologie soulève encore beaucoup plus de questions qu’elle ne sait en résoudre. A n’en pas douter, la recherche des composantes cérébrales de l’identité sexuelle sera au cœur des recherches des prochaines années. Dès aujourd’hui, les grands laboratoires pharmaceutiques s’y intéressent, persuadés que les traitements du système nerveux central devront être adaptés selon le sexe des patients. |