Linux : une menace pour Microsoft ?

 

L’électron libre des systèmes d’exploitation fait des émules. Les poids lourds de l’informatique s’engagent, les entreprises aussi. Et même au sein de Microsoft on s’intéresse au trublion.

Avec Java, le langage de Sun, Linux semble aujourd’hui à la pointe de la résistance à Microsoft. D’Oracle à IBM en passant par Netscape, Sun ou Corel, il n’est pas un concurrent de la firme de Seattle qui ne dise s’investir dans ce système d’exploitation imaginé en 1991 par un étudiant finlandais, Linus Torvalds. Difficile, pourtant, d’évaluer l’audience réelle de Linux. Entre quatre et dix millions d’exemplaires de ce système Unix pour micro-ordinateurs seraient installés de par le monde ; face aux cent et quelques millions de Windows qui, d’après Dataquest, auront été vendus en 1998, il reste du chemin ! Oui mais, profitant des déboires juridiques de Microsoft, la dynamique Linux marche à plein régime. En particulier, l’industrie voit en lui un rival de Windows NT Server, le logiciel réseau de Microsoft (rebaptisé depuis Windows 2000 Server). A preuve, une salve d’annonces est venue récemment conforter les supporters du système : les plus grands éditeurs de systèmes de gestion de bases de données (Computer Associates, Informix, Oracle et Sybase) ont déclaré vouloir adapter leurs logiciels à Linux ; Corel promet sur son site une version gratuite de son traitement de texte Wordperfect ; quant à Intel, il a pris une participation dans Red Hat, l’une des sociétés qui vend une déclinaison de Linux — du coup, une version spéciale de Linux pour le prochain processeur Intel, Merced, est en route. A long terme, des postes de travail et de jeu pourraient même être à sa portée.

 

Alors, Linux, l’arme fatale ? Son mode de développement et son type de distribution original ont, en tout cas, de quoi déstabiliser. Ce pur produit de l’Internet, qui a su apprivoiser les grands systèmes Unix, est en effet le plus célèbre représentant des "logiciels libres" — entendez des logiciels souvent gratuits (quoique rien n’empêche de les vendre en les améliorant ou en les accompagnant de services) et, c’est la règle, dont le code source doit être disponible pour tous. Ainsi, Linux doit ses réelles qualités à une armée de développeurs passionnés et bénévoles, universitaires et informaticiens du monde entier, qui l’ont notamment adapté aux puces Intel et Digital Alpha. La Nasa, l’armée ou, plus récemment, l’Education nationale en France font déjà confiance à Linux, et nombre de concepteurs de sites Web ont trouvé en lui une solution économique pour faire vivre leurs serveurs Web.

 

Tout cela tarabuste Microsoft, qui parle beaucoup de Linux ces temps-ci. Mieux, début novembre, deux notes internes, censées rester confidentielles, se retrouvaient (on ne sait comment…) sur le Web. L’un des ingénieurs de Bill Gates y décrit les logiciels libres, et plus encore Linux, comme une menace pour Windows. Il y reconnaît notamment les vertus du système, sur les PC serveurs comme sur les postes de travail, et s’inquiète de la réactivité dont fait preuve la communauté Linux pour digérer les nouvelles technologies. Pour écarter la menace et tenir le marché, commente-t-il en substance, Microsoft pourrait feindre de s’appuyer sur les protocoles standard de l’Internet pour mieux ensuite les détourner à son avantage. Microsoft a depuis tenté de calmer le jeu en avançant qu’il s’agissait là de l’avis d’un de ses analystes, et non d’une position officielle… Reste que pour Microsoft, la menace Linux est encore très hypothétique. L’arrivée du logiciel libre sur le devant de la scène n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise chose pour le géant qui sait, à l’occasion, se servir de Linux pour rappeler qu’il existe bel et bien une concurrence. Enfin, et ne l’oublions pas, si Linux tient Windows NT dans sa ligne de mire, il fait aussi du tort aux autres systèmes Unix pour Intel… et donc du bien à Windows NT.

 

Des points forts et faibles

Linux suscite aujourd’hui l’enthousiasme grâce à des qualités bien réelles. Au premier rang, le fait qu’il s’agit d’un "logiciel libre" et qu’il tourne aussi bien sur de petits PC que sur des serveurs multiprocesseurs. Cela étant, si Linux gagne chaque jour des supporters, ces derniers ne sont pas prêts à lui confier tout leur système d’information. Et ce n’est pas encore tout de suite qu’il atterrira en douceur sur le micro de monsieur Tout-le-monde. De fait, Linux souffre encore de rugosités qu’il faudra bien gommer et, surtout, les logiciels grand public — et notamment les jeux — ne sont pas son fort.

 


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